« Vote utile »… et vote hostile…

Publié le par François Champel

On appelle « vote utile » une manière d’exprimer ses préférences politiques  qui ne correspond pas à ses convictions profondes, mais au souci réaliste de faire élire un candidat acceptable,  suffisamment bien placé pour avoir des chances  de le voir élu.

Incontestablement un tel vote est intelligent… (A condition toutefois que le candidat choisi ait des chances réelles de triompher… Dans le cas contraire, il s’agirait d’un vote maladroit puisque, sans risquer d’aboutir au choix souhaité, il présenterait l’inconvénient de tromper la nation sur l’importance réelle de la famille de pensée représentée…)

Cependant ce que l’on appelle « vote utile » peut correspondre à un cas en réalité différent, en ce sens qu’il ne s’agit plus de voter pour quelqu’un auquel on accorde un certain niveau de préférence, mais pour quelqu’un que l’on n’apprécie pas particulièrement, mais dont l’élection permettrait de faire barrage – notamment au second tour - à un autre candidat apparemment mieux placé, mais dont ne veut absolument pas…

Les deux cas étant différents, pour la clarté d’esprit – et pour celle du dialogue entre les citoyens - il convient de les désigner sous deux vocables eux aussi différents. Aussi appelons « vote utile » celui qui exprime une préférence et « vote hostile » celui qui vise l’élimination d’un candidat.

On vient de le dire, le vote utile correspond à une attitude intelligente et recommandable… Par contre le vote hostile que trop d’électeurs (qui se croient plus malins que le commun des mortels …) considèrent comme un procédé normal et recommandable,  constitue en réalité à la fois une absurdité et une faute contre la démocratie… Nous l’alons montrer tout à l’heure (comme dit Monsieur de la Fontaine…)

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Définition précise  du « vote hostile » (pris dans l’hypothèse d’un vote majoritaire à deux tours, tel que celui de notre élection présidentielle) : un électeur dont le candidat préféré n’a aucune chance de se voir élu estime qu’au contraire trois candidats bien déterminés peuvent espérer remporter l’élection…  Parmi ces trois, il éprouve une détestation maximum à l’égard de celui qui a le plus de chances de se voir élu… Quant aux deux autres, il n’a à leur égard aucune préférence ou détestation particulière (ou à un degré modéré pour l’un  d’eux…)

L’électeur concerné, voyant qu’il ne peut faire élire son politicien préféré, veut quand même peser sur le résultat du vote : il veut le faire, non plus en choisissant, mais en éliminant le candidat qu’il maudit. A cet effet, il décide de voter pour celui dont il estime à priori, qu’il est le plus à même au second tour d’éliminer le candidat détesté…

Le raisonnement de l’électeur concerné est parfaitement compréhensible par tout le monde et paraît d’une implacable logique… (c’est d’ailleurs ce qui explique sa pratique par le électeurs réputés « intelligents »…) Pourtant il est totalement faux ! Pourquoi ?

D’abord, aspects accessoires – auxquels on peut ne pas être sensible… - 1°) la notion d’hostilité n’a rien de très sympathique… 2°) même si on a - très légitimement - le droit de vouloir éviter de voir son pays remis entre des mains de quelqu’un dont on estime qu’il ne fera rien de bon, la modestie (avec sa meilleure amie l’intelligence…) devrait faire penser que l’on peut se tromper et que la personne à éliminer représente peut-être en réalité la meilleurs solution possible pour son pays… 3°) il est contraire à l’esprit démocratique – et à la bonne ambiance de la vie sociale d’une nation – de considérer ses adversaires comme des ennemis. On doit les contrer – très vigoureusement s’il le faut – mais le faire avec respect… (Ainsi, pour moi qui considère que le Front National nous conduirait à la catastrophe, je considère Marine LE PEN avec respect – à l’égal de Melanchon, de Macron et des autres… (Et, en tant que chrétien, je devrais lui porter un amour égal…Mais, là on se trouve très loin de la Politique - et tout simplement de la vie ordinaire des hommes que nous sommes !)

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Les raisons de la stupidité du vote hostile

 D’abord, compte tenu de l’incertitude des prévisions, il est tout à fait possible que le candidat considéré comme le plus capable de triompher, ne soit pas celui que l’on choisit… naturellement, ce risque est d’autant plus élevé que les scores possibles des deux bouées de secours sont plus proches l’un de l’autre… Il en résulte déjà que « le vote hostile » risque de s’avérer finalement comme un vote nuisible… Mais, loin de là, ce n’est pas tout ! Car il existe un deuxième risque bien plus grand et bien plus probable…

D’abord – objection la moins importante… - en présence de scores prévisionnels serrés (lesquels pourraient à la rigueur justifier l’option « vote hostile »…) comment, compte tenu des « marges d’erreur »,  les sondages peuvent-ils dire qu’un candidat a réellement plus de chances de l’emporter que son adversaire ?

De plus, même si les sondeurs avaient placé les deux candidats possibles dans le bon ordre au moment de leur enquête, qui dit que les préférences des électeurs ne vont pas évoluer jusqu’au vote final ? (d’ailleurs on sait très bien qu’effectivement tout évolue rapidement !)

Autre raison : (comme on l’a dit dans un autre article…) même en l’absence d’une évolution des intentions de vote, supposer que les chances d’aboutir à un ordre semblable au moment du vote est totalement absurde, car, par définition, « les indécis » n’ont à priori aucune raison de faire des choix parallèles à ceux qui se sont prononcés. (Le supposer serait même absurde, car cela reviendrait à  considérer qu’ils sont semblables à eux, alors que par définition, ils sont différents !)

Pourtant, toutes ces remarques (déjà parfaitement convaincantes pour tout esprit doué d’un minimum de logique…) ne sont pas les plus inquiétantes… En effet, pour qui possède un minimum de connaissance des hommes en général – et des politiciens en particulier - qui peut être assez sot pour croire que les commentateurs (plus ou moins amis de différents hommes politiques... ou même ayant leurs convictions personnelles…) sont nécessairement sincères quand ils déclarent qu’un tel ou un tel a plus de chances de l’emporter qu’un autre ? Ne peuvent-ils pas, au contraire - comptant sur le réflexe trop répandu du vote hostile - avoir pour but de faire gagner leur candidat préféré ?

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 Conclusion : « le vote hostile » n’est qu’un attrape-nigaud pour les gens qui se croient plus malins que les autres ! Mais là n’est pas le plus grave ! Car :

1°) le fameux « vote hostile » donne une image déformée de la réalité de l’opinion politique des citoyens (et, à ce titre, il constitue un viol de la démocratie…)

2°) il peut conduire à éliminer le candidat le plus utile au pays,

3°) il se retourne contre l’intérêt personnel de celui qui le pratique : d’abord parce qu’il perd l’occasion d’exprimer son opinion personnelle… Ensuite, parce que son comportement a pour effet d’affaiblir les partis minoritaires – dont il fait partie… - et accroit artificiellement  l’influence des partis majoritaires - dont il se plaint !  (On ne va pas jusqu’à dire que ceux qui le pratiquent « se tirent une balle dans le pied » : ce serait exagéré, mais il y un peu de ça…)

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Malheureusement trop de gens se laissent prendre par cette tentation… Comment lutter contre une telle erreur ? Peut-être, comme on le fait ici, en démontrant sa sottise et sa nocivité… Mais, malheureusement, trop peu de gens se montrent sensibles à la logique (même quand elle leur rend service) Et trop aussi, parmi les politologues, réfléchissent trop peu  pour comprendre – ou ne veulent pas comprendre pour ne pas renoncer à une arme dont ils se servent…

Le plus efficace consiste à clarifier les idées par la création d’une expression nouvelle propre à stimuler la mémoire de l’électorat… (C’est d’ailleurs ce que je viens de faire… ais l’expression sera-telle reprise ? puis généralisée ?)

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 Pour rejoindre l’actualité de la campagne actuelle, le vote hostile semble préconisé par les commentateurs supposés éclairés (mais en fait, soit sots, soit profondément hypocrites -  hypothèse qui me semble la plus probable…)   pour battre Marine LE PEN – ou peut-être MELANCHON… Qui « se laissera rouler dans la farine » ? Avec, en  prime, les remerciements qu’ils adresseront à leurs si gentils conseillers ?

 

Publié dans Politique, vote utile

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