Le lanceur d’œufs pourris…et ses audacieux imitateurs…

Publié le par François Champel

Une personnalité contestée (et contestable… car, d’une manière ou d’une autre, tout homme l’est…) sort d’une réunion publique…  La foule l’attend à sa sortie et, au milieu d’elle, un individu, un peu plus excité que les autres, lance, un œuf pourri sur la figure et le costume de la personne visée - dont on conçoit aisément qu’elle soit un peu troublée… Parmi les personnes présentes, certaines rient bruyamment ; d’autres, médusées, ne savent que dire ; quelques-unes protestent énergiquement…

A vos yeux, quel est le plus méprisable ? L’homme insulté ? Ou le voyou ? (qui n’est d’ailleurs, en général, que le porte-parole de gens plus intelligents, plus prudents et plus hypocrites que lui…)

Vous, si vous aviez été là, comment auriez-vous réagi ? Avec humanité ? Avec intelligence ? Ou avec vulgarité ? Sans doute, je l’espère, avec humanité ! Avec humanité et intelligence, car ces deux qualités vont très bien ensemble. L’intelligence conduit à se montrer prudent sur les critiques, peut-être partiellement ou totalement justes, mais à peu près toujours intéressées, et, bien sûr, commentées dans le sens qui convient le mieux à celui qui les formule… De son côté, la bienveillance et le respect des autres poussent dans le sens de la compréhension à l’égard des personnes et des faits les concernant… Ainsi, chez les gens prudents et réfléchis se forme un cercle heureux, dans lequel l’intelligence et la bienveillance se renforce mutuellement… Tandis que chez les sots - toujours trop nombreux… - les deux qualités se détruisent mutuellement et aboutissent à toutes les formes de stupidité que l’on voit dans toute société… (y compris, bien sûr, dans la nôtre de ce XXIe siècle, qui se croit pourtant très éclairée…)

Voilà comment, dans des circonstances extrêmes et caricaturales,  vous auriez sans doute réagi… Pourtant, dans un contexte moins caricatural, mais tout à fait semblable … devant le torrent de boue, lancé par le Canard enchaîné contre un homme, soigneusement choisi pour le désigner à la vengeance publique, n’avez-vous pas été tenté - au moins dans un premier temps - d’être fortement impressionné par la mise en cause de la personnalité visée ? Une telle réaction est tout à fait naturelle et il n’y a pas lieu d’en avoir honte…  (J’avoue d’ailleurs l’avoir eu moi aussi : « comment, François Fillon,  que je tenais pour un homme très honorable - et d’ailleurs que je tiens encore pour tel ! – a t-il pu agir de la sorte ? » Cependant, en ce qui me concerne, dans le même temps, ma première réaction a été aussi celle d’un profond dégoût à l’égard du comportement inspiré à la fois par des motifs de basse politique  (et - on aurait tort de l’oublier… - de marketing… )

Actuellement, à froid, (et c’est cela qui compte vraiment…) écartant les réactions passionnelles et jugeant les événements sous l’angle de la raison, de la connaissance des hommes et de la société – et, chose très importante, de celui de la morale publique - je me forme une opinion très ferme sur les accusateurs et sur la victime. Et ce qui me révolte vraiment, ce ne sont  pas les reproches faits à l’accusé,   mais l’incroyable bassesse de comportement des accusateurs…  (Quant à moi, je ne pratique pas une délation minutieusement organisée - ni d’aucune autre forme -  je  dis franchement ce que je pense et ce que je ressens, en laissant à mes lecteurs le soin de juger par eux-mêmes…) Je ne vais pas exposer ici les raisons de mon jugement, je me bornerai seulement à faire par part d’une seule remarque,  parce qu’elle intéresse au plus haut point la communauté nationale à laquelle nous appartenons : le canard a abaissé le débat démocratique à un niveau très inquiétant, et, ce faisant, il a aussi contribué à détériorer le degré de conscience intellectuelle et civique de trop de nos concitoyens… Les citoyens conscients doivent réagir vigoureusement contre cette tendance si profondément malsaine. (Ce que, pour ma part,  j’essaye de faire à mon niveau infiniment modeste…)

¤¤¤

Malheureusement, la question soulevée par cette affaire ne concerne pas seulement le Canard enchaîné : elle symbolise toute la société actuelle, qui souffre d’un très inquiétant affaiblissement de la conscience publique (et de la conscience en général…)

Je ne suis cependant pas pessimiste, car l’histoire des hommes se présente comme une suite de phases de caractères opposées… Si bien qu’on a de bonnes raisons d’espérer que l’état déplorable d’aujourd’hui fera progressivement place à une société meilleure… Cependant cela ne se fera pas de manière automatique, mais par l’action courageuse des hommes attachés au Bien -  et en particulier, par celle des hommes et des femmes, animés par un véritable esprit démocratique, respectueux des citoyens…

Notre nation est tombée bien bas, mais dans tous les domaines - y compris celui des grands choix politiques - il faut travailler à la relever… les cinq prochaines années en constituent une bonne occasion… qui sera saisie… ou manquée… Aussi, en cette période cruciale d’un grand choix politique, on peut dire qu’aujourd’hui la responsabilité de chaque citoyen électeur est immense.                .                 Votez pour qui vous voulez ! Le choix à faire n’est pas évident… mais ce qui est certain, c’est que chacun doit s’efforcer de le faire sous l’influence, non plus de la naïveté ou de  la sotte passion, mais sous celle de la raison et d’un vrai idéal démocratique. Après des péripéties honteuses, la France montrera peut-être au monde ce qu’elle est lorsqu’elle se ressaisit pour surmonter ses abominables travers…

Commenter cet article