Insinuations de Benoît Hamon à l’égard d’Emmanuel Macron…

Publié le par François Champel

 

Lundi dernier, tout le monde (sauf les téléspectateurs qui dormaient…)  a sans doute remarqué la charge de Benoît Hamon à l’égard d’Emmanuel Macron concernant le financement de sa campagne…

Le premier insinue que le second doit bénéficier de dons très importants provenant des milieux financiers,  dont il est très proche (notamment par la partie de sa carrière professionnelle auprès de la banque Rothschild…) et que, dans ces conditions, il est à craindre qu’en cas d’élection à la présidence de la république, il pourrait être soumis à des pressions de la part des milieux d’affaires auquel il serait difficile de résister…

Autant que j’ai pu comprendre, Emmanuel Macron réplique que les dons étant limités à 7500 €, il n’est pas sérieux de penser que sa campagne puisse être financée par de grandes sociétés… et qu’au contraire, le financement de sa campagne représente un modèle de décor démocratie participative.

Qui a raison ? Qui a tort ? En l’absence de la connaissance des comptes de la campagne d’Emmanuel Macron, il n’est pas possible de trancher avec une totale certitude… (D’ailleurs, même en les connaissant, il serait très difficile, voire impossible,  d’en tirer quelque conclusion dépourvue de tout doute…) Cependant, pour les citoyens ordinaires que nous sommes, la question soulevée présente une grande importance… Dans ces conditions, que devons-nous faire ? Trancher en faveur de l’un ou de l’autre en fonction de nos préférences préexistantes ? Ou, inversement, ne plus se préoccuper de la question ? Vaut il mieux être sectaire ? Où, sous prétexte qu’on ne peut trancher avec sûreté, oublier cette question ? On comprend ces deux attitudes possibles, mais il existe un autre comportement possible : celui d’une réflexion rigoureuse, susceptible de conduire, sinon à une totale certitude, du moins à une forte probabilité… essayons donc de réfléchir ensemble.

Certes il est vrai que le plafonnement des dons ne permet pas aux grandes sociétés d’apporter au coup par coup des contributions élevées. Toutefois des dons de 7500 €, venant de certains de ses membres peuvent avoir un effet cumulatif non négligeable… et, si les dons ne viennent pas des sociétés elles-mêmes,  il va de soi que celles-ci peuvent inciter leurs nombreux amis, à faire des dons personnels au-dessous de la barre autorisée… ce qui, dans la pratique, conduit au même résultat… « Au même résultat » ? Non ! Au contraire, d’abord par ce que les donateurs peuvent être plus, nombreux… Ensuite, et surtout, il risque d’être plus difficile de résister aux pressions d’une personne physique qu’à celles  d’une personne morale (même si celle-ci se trouve représentée par des personnes en chair et en os…) Dans ces conditions, les doutes de Benoît Hamon sont parfaitement légitimes et, pour cette raison -  et pour plusieurs autres - probablement fondés…

Quant à la réplique de d’Emmanuel Macron, affirmant que l’importance  moyenne des dons - tournant, dit-il, autour de 50 € -  signifie que le financement de la campagne se fait surtout par des dons modérés et qu’à ce titre sa campagne représente à ses yeux un modèle de démocratie… Que penser de cette réponse ?

D’abord, en l’absence de la connaissance de la répartition des dons,  la moyenne de 50 € ne veut rien dire ! (Sa réponse n’est pas celle d’un statisticien, mais celle d’un homme politique !) Elle est d’autant moins probante qu’une multitude supposée de petits dons a pour effet évident de diluer et de masquer le nombre des contributions les plus élevées…

Ensuite, on a toutes raisons de penser que, s’il avait eu des arguments plus clairs et plus convaincants, Emmanuel Macron – qui, en dépit de sa jeunesse, ne doit pas être un apprenti politicien…  - devait nécessairement s’attendre à ce genre de questions, et que s’il avait été en mesure de disposer d’une réponse convaincante, il l’aurait préparée… Et préparée - car c’est tout à fait possible– dans une réponse convaincante de quelques mots… (ne serait-ce qu’en montrant un ou deux graphiques convenablement choisis)

Mais qu’est-ce que je vais penser là ? Croyez-vous que les milieux d’affaires auraient été assez désintéressés pour prélever dans leurs maigres cagnottes quelques milliers d’euros ? Non ! Ce n’est pas vraisemblable, ce n’est pas concevable

Quant à l’aspect démo démocratique de ce financement, on doit reconnaître qu’il y a là de la vérité. Mais pas nécessairement la Vérité ! En fait on a tout lieu de penser qu’il s’agit d’un financement mixte : avec d’un côté un financement qu’on peut qualifier d’inspiration démocratique, venant des petits donateurs (séduits par le look  du personnage - dont ils ignorent à peu près totalement le programme ! - Si c’est ça la démocratie…) et de l’autre, un financement provenant des grands patrons de l’industrie et de la finance… Ainsi, il y aurait d’un côté une multitude de petits donateurs et de l’autre un nombre limité de grands donateurs… (Ah, si les premiers savaient ça ! certains d’entre eux pourraient conclure à une naïveté de leur part et à une exploitation de leur civisme…)

¤¤¤

A la suite de ces raisonnements - dont la rigueur serait, me semble-t-il, très difficile à contester par tout logiciens sérieux et de bonne foi),  j’en conclue personnellement que s’il est naturellement impossible d’avoir une connaissance aussi certaine que celle qui se trouve dans le cerveau d’Emmanuel Macron, le bien-fondé de la critique de Benoît Hamon se trouve affectée d’une très haute probabilité…

Cette réflexion condamne-t-elle la candidature d’Emmanuel Macron ? Évidemment non ! Elle ne constitue que l’un des éléments à prendre en considération, dans un ensemble où les différents aspects peuvent s’apporter un appui mutuel…

Aussi ai-je l’intention de réfléchir - dans le même esprit de rigueur  et d’impartialité  -  à d’autres aspects concernant  les différents candidats ( en commençant par Emmanuel Macron, puisque, par le hasard des circonstances récentes, c’est de lui qu’on a été amené à parler …) J’écrirai demain - ou après-demain - un article parlant d’un certain ce suisse (qui n’est évidemment pas Emmanuel Macron…)         Donc à  bientôt ! À bientôt pour réfléchir ensemble.

Commenter cet article