10 - "Affaire Fillon": civisme et lucidité

Publié le par François Champel

On peut se demander pourquoi tant de gens intelligents se sont laissés impressionner par les nouvelles livrées par le Canard enchaîné… Les raisons sont nombreuses et de niveaux d’influence inégaux …  Je citerai ici  celles qui me paraissent les plus déterminantes...

 

Quel est l’intérêt de cette question ? D’abord celui de comprendre ce qui se passe autour de soi… (et à l’intérieur de soi-même…) ; ensuite celui de réfléchir - individuellement et collectivement - à ce qu’il conviendrait de faire pour lutter contre la crédulité et le manque d’esprit critique…

 

A un premier niveau d’explication, on trouve quelques évidences que tout le monde connait : 

 

  • l’incapacité des élus à résoudre les problèmes les plus urgents de la nation, chose qui n’incite pas particulièrement à l’indulgence…
  • le contraste entre la dureté de la vie quotidienne d’une importante proportion de la population et les rémunérations scandaleusement exagérées des élus… Avec pour conséquence une méfiance et une hostilité latente bien compréhensibles  à l’égard de la classe politique,
  • pour au moins quelques-uns, une certaine jalousie latente  à l’égard d’un groupe privilégié,
  • le mécanisme psychologique bien connu de la projection, qui conduit l’homme à dévaloriser les autres pour se dédouaner lui-même de ses propres défauts  (et même, au passage – pourquoi pas pendant qu’on y est ? - à se donner le sentiment que dans la société, il y a au moins quelqu’un de bien  - à savoir soi-même… ainsi que les membres de sa classe sociale…)

 

Il va de soi que toutes ces caractéristiques prédisposent les gens à accepter toutes les révélations propres à les confirmer dans leurs sentiments… (Surtout si elles se présentent comme un matraquage hebdomadaire, où chaque nouvelle information vient là pour  conforter les premières « informations » reçues…)

 

A un deuxième niveau d’explication, on peut se demander pourquoi tant de gens ne font pas preuve de plus de prudence à l’égard des intentions du ou des journaux auteurs des révélations…

  • d’abord parce qu’elles vont dans le sens des souhaits inconscients des intéressés,
  • ensuite parce qu’au fond, la majorité des gens,  en général  relativement honnêtes, imaginent mal qu’une personne - ou un petit groupe - puisse vouloir les tromper sciemment. (Ils sont trop honnêtes pour cela… c’est à leur honneur, mais aussi, malheureusement,  à leur désavantage !). La plupart des gens regardent ceux qui les entourent  comme des personnes affectées d’un écart plus ou moins grand par rapport à la norme sociale, mais ne conçoivent pas que nos compatriotes d’allure honorable – par exemple du genre  journalistes… - puissent avoir des comportements d’une extrême bassesse... (Certains pourraient faire remarquer qu’il y a là une attitude contradictoire avec le jugement qu’ils portent sur les hommes politiques… En réalité, il n’en n’est rien, car la condamnation des politiciens porte sur leur comportement à l’égard de l’argent – chose que les gens ordinaires  sont en général bien placés pour comprendre… - et non pas  à l’égard de procédés foncièrement malhonnêtes, dont, par contre, ils ne sont très généralement pas eux-mêmes coutumiers…) En un mot, dans leur ensemble, malheureusement, l’immense majorité est d’une très grande naïveté !
  • le prestige dont jouit un journal dans les milieux intellectuels – et qui a incontestablement à son actif la révélation de scandales – joue en faveur d’une confiance quasiment aveugle …

 

A un troisième niveau,  intervient un manque de connaissance de soi-même…

 

  • on ne se méfie pas de ses réactions personnelles parce que chacun de nous a spontanément tendance à faire confiance dans la validité de ses intuitions,
  • et aussi – notion assez voisine… parce qu’on ignore que l’une des plus grandes caractéristiques de l’homme est de prendre ses désirs et ses craintes pour des réalités… donc de se tromper fréquemment !

 

A un quatrième niveau, il faut citer l’ignorance de l’histoire (et aussi parfois de la réalité contemporaine), laquelle devrait nous amener à nous souvenir de certains précédents instructifs  de très mauvais coups (comme celui de l’affaire  Dreyfus).

 

A un sixième niveau, il faut citer la sensibilité très poussée à l’influence du milieu dans lequel on vit. Déjà naturellement très sensibles à la rumeur, nous sommes soumis en permanence – en général de manière passive… - à une foule d’informations présentées comme des évidences, alors que, le plus souvent, elles sont plus ou moins orientées dans le sens de la défense d’intérêts très divers. On trouve là notamment l’influence des syndicats, des partis politiques, et celle - de première grandeur -  d’une télévision qui, sous couvert de la fonction théorique de l’information, de la culture et du divertissement, a en réalité pour rôle d’endormir la conscience des bons citoyens au bénéfice des élites financières, politiques - et parfois culturelles – qui les soutiennent de manière directe ou indirecte

 

Cette liste n’épuise pas le sujet… On pourrait citer d’autres influences… par exemple les intérêts matériels ou idéologiques, une certaine indifférence à la Vérité, le manque de courage de beaucoup pour dire celle de leurs convictions personnelles qui ne vont pas dans le sens de l’opinion dominante etc.

 

Ces quelques réflexions devraient nous amener à réfléchir sur ce qu’il serait possible de faire pour améliorer  le niveau d’esprit critique des citoyens – dont dépend en partie la réussite de notre pays

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Vous pouvez le faire en utilisant les lettres « a » en cas d’accord, ou « d » en cas de désaccord (ou encore le point d’interrogation (« ? ») dans le cas de perplexité ou d’indifférence…).

Cela, selon les conventions suivantes :

« Tout à-fait d’accord » : aaa ;   « dans l’ensemble, d’accord » ; aa ;      assez d’accord :    a

« En total désaccord » :  ddd ;  « surtout en désaccord » :   dd ;   « plutôt en désaccord » :  d

« perplexe  ou désintéressé » :  ?

Et ensuite d’aller à la dernière ligne de l’écran

qui vous permettra d’ailleurs, si vous le souhaitez, de faire vos commentaires personnels…  

 MERCI !

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Publié dans Politique, "affaire Fillon"

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